Dans « Mapa do Coração », la chanteuse Juliê présente une œuvre empreinte d’une écoute profonde et du courage de traduire des émotions intimes en musique. Dans une interview, l’artiste revient sur le processus émotionnel à l’origine de cet EP, son choix de privilégier l’authenticité artistique aux tendances et l’importance d’investir de nouveaux espaces en tant que première femme à participer au projet #EuSouMS Sessions. Puisant son inspiration dans la pop, le R&B et la MPB (Musique Populaire Brésilienne), Juliê construit un récit original qui mêle sensibilité, force et émancipation féminine, faisant de ce projet un tremplin vers de nouvelles voies créatives et personnelles.
Vous décrivez « Map of the Heart » comme un portrait émotionnel très intime. À quel moment de votre vie avez-vous réalisé que vous étiez prêt(e) à transformer ces sentiments en musique et à les partager avec le public ?
J’ai su que j’étais prête quand j’ai compris que la vulnérabilité n’est pas une faiblesse, mais une force. À un moment donné, le fait de tout refouler a commencé à me freiner artistiquement. J’avais déjà vécu, ressenti, assimilé… alors partager n’était plus une question d’exposition, mais de connexion. L’EP « Mapa do Coração » (Carte du Cœur) est né de ce COURAGE de ne plus cacher ce que je traversais.
Cet EP est né d’un processus d’« écoute profonde ». Qu’avez-vous appris sur vous-même durant cette phase créative, et comment cela a-t-il changé votre perception de vous-même en tant qu’artiste et en tant que personne ?
J’ai découvert que j’étais bien plus intuitive que je ne l’imaginais. Au cours de ce cheminement, j’ai cessé de chercher à répondre aux attentes extérieures et j’ai commencé à faire davantage confiance à ma sensibilité. Cela a tout changé ; désormais, mes rêves sont plus clairs. En tant qu’artiste, j’ai gagné en assurance dans mes choix. En tant que personne, je suis devenue plus bienveillante envers moi-même, j’ai appris à accepter ce qui est hors de mon contrôle, je comprends aujourd’hui que les émotions font partie intégrante de mon processus créatif et qu’il est normal d’être vulnérable.

Être la première femme à participer au projet #EuSouMS Sessions revêt une signification symbolique. Que représente cette réussite pour vous, et quelles perspectives pensez-vous qu’elle puisse ouvrir à d’autres artistes ?
Être la première femme à participer aux #EuSouMS Sessions est un honneur et une responsabilité. J’avoue qu’au début, outre le poids de cette responsabilité, la peur m’a envahie. Mais maintenant que nous avons conquis ensemble de nombreux espaces, je me sens pleinement épanouie. Être présente sur la scène de Campo Grande, dans le Mato Grosso do Sul, c’est occuper un espace qui, historiquement, ne nous a pas toujours été ouvert. J’espère que cela contribuera à normaliser la présence féminine sur scène, dans les spectacles et lors d’événements, et que d’autres artistes du Mato Grosso do Sul se sentiront autorisées à investir, proposer et mener leurs propres projets. Quand l’une d’entre nous se lance, beaucoup peuvent suivre. Je suis profondément reconnaissante pour tout ce parcours.
Le choix des morceaux a été guidé par une authenticité émotionnelle et non par la recherche du succès commercial. Avez-vous eu du mal à vous libérer de cette pression et à privilégier ce qui vous représentait vraiment ?
Oui, il y a toujours cette pression sourde pour les chiffres, pour les tendances. Mais je savais qu’en y cédant maintenant, je trahirais le moment présent. C’était un exercice de maturité, vous savez ? Choisir la vérité, c’était aussi choisir de construire une carrière solide, et pas seulement un succès éphémère ; je ne me permets plus de vivre superficiellement.

« Ela Tá Braba » se fait l’écho d’un cri de liberté et d’émancipation féminine. Quel message espérez-vous que les femmes ressentiront en écoutant cette chanson pour la première fois ?
Je veux qu’elles se sentent maîtresses d’elles-mêmes. Qu’elles comprennent qu’être « en colère » ne signifie pas perdre le contrôle, mais plutôt être conscientes, autonomes et conscientes de leur propre valeur. « Elle est en colère », c’est assumer pleinement son existence, avec intensité et assurance. C’est de la danse, c’est de la force, c’est une présence.
Votre travail mêle pop, R&B et MPB (musique populaire brésilienne) avec une identité très particulière. Comment parvenez-vous à concilier vos influences et votre désir de créer une œuvre qui vous soit propre ?
Je commence toujours par l’émotion. Les références viennent ensuite ; la pop me relie au présent, le R&B puise ses racines dans le hip-hop – c’est ce qui me touche et crée des liens profonds – et la MPB (musique populaire brésilienne) apporte, disons, une histoire. Mais tout passe par mon filtre émotionnel. Si ça ne me ressemble pas, ça ne reste pas. Si je ne danse pas sur cette musique, ça ne reste pas ! L’équilibre réside dans la compréhension que l’identité n’est pas une limitation, mais un enrichissement.

Beaucoup de chansons parlent d’affection, de rencontres et de séparations. Y a-t-il une chanson de l’EP qui vous a particulièrement touchée lors de l’enregistrement ou qui a été plus difficile à réécouter ?
Oui. Il y avait un morceau en particulier pour lequel j’ai dû prendre une grande inspiration avant de l’enregistrer, car il est chargé d’émotion et contient des paroles sincères auxquelles je crois profondément. « Mapa do Coração » (Carte du Cœur) est le titre de ce morceau, et aussi le nom de l’EP. Mais je me souviens qu’à ce moment-là, j’ai compris que l’émotion que je ressentais était exactement ce dont j’avais besoin. Et quand la voix tremble, c’est parfois là que réside la vérité. D’ailleurs, lors de l’enregistrement live, je l’ai gardé pour la fin, au cas où j’aurais besoin de faire quelques retouches maquillage, haha.
Vous avez dit que ce projet est un mouvement d’affirmation artistique et émotionnelle. Après avoir dévoilé cette « carte » au monde, quelles nouvelles pistes avez-vous envie d’explorer désormais ?
Maintenant que j’ai partagé cette carte avec le monde, je ressens le besoin d’aller plus loin. D’explorer de nouvelles sonorités, pour lesquelles je sais avoir du potentiel, peut-être quelque chose de plus performatif, de plus physique, sans pour autant perdre l’essence même de mon travail. Je souhaite continuer à approfondir mon récit, mais aussi expérimenter. « Carte du Cœur » est un point d’arrivée, mais surtout un point de départ.
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