Que reste-t-il de la légende de Dracula un siècle après sa mort supposée ? Dans Cent ans plus tard, l’auteur Deyse O. S. entraîne le lecteur dans une enquête empreinte de mystère, de documents anciens et de révélations troublantes qui enrichissent l’univers créé par Bram Stoker. Se déroulant entre la Roumanie et le sinistre Village des Brumes, le roman suit une expédition de chercheurs chargés de déterrer les traces laissées par le vampire le plus célèbre de la littérature. Dans un entretien, l’auteur revient sur le processus de recherche qui a mené à son ouvrage, les défis que représente l’exploration de l’un des plus grands classiques de la littérature gothique, et la construction d’un récit qui interroge la permanence du passé et la fascination humaine pour les mystères qui traversent les générations.

« Cent ans plus tard » débute par une mission a priori improbable : des chercheurs norvégiens sont envoyés en Transylvanie pour enquêter sur Dracula. À quel moment avez-vous réalisé que ce scepticisme initial des personnages pouvait être le point de départ idéal pour explorer le mystère ?

Je m’en suis rendu compte très tôt dans l’élaboration de l’histoire. Je ne voulais pas de personnages qui croyaient déjà aux légendes ou qui partaient en quête du surnaturel. Je trouvais plus intéressant de suivre des chercheurs habitués à travailler avec des faits, des documents et des preuves, confrontés à un phénomène qu’ils ne pouvaient expliquer immédiatement.

L’incrédulité initiale des personnages captive également le lecteur. Après tout, face à une mission d’enquête sur Dracula, la réaction la plus naturelle serait le doute. Mais à mesure qu’ils découvrent des manuscrits, des objets anciens et des événements de plus en plus étranges, ils sont contraints de remettre en question leurs propres certitudes.

Pour moi, le mystère devient plus captivant lorsqu’il surgit précisément à la croisée de la raison et de l’inconnu. C’est ce conflit qui a servi de porte d’entrée à tout l’univers de « Cent ans plus tard ».

L’œuvre développe l’univers de Bram Stoker, mais privilégie le suspense et le mystère au détriment du roman gothique classique. Comment s’est déroulée l’interprétation d’une figure aussi emblématique sans se contenter de reprendre l’imagerie déjà connue de Dracula ?

Dracula est une figure emblématique de l’imaginaire collectif depuis des générations, et en écrivant « Cent ans plus tard », mon intention n’était ni de réinterpréter l’histoire de Bram Stoker, ni de modifier les caractéristiques qui ont fait de ce personnage une icône. D’une certaine manière, j’ai cherché à m’éloigner de l’œuvre originale.

Ce qui m’intéressait, c’était d’imaginer ce qui se passerait un siècle après ces événements. Et si quelqu’un tentait de découvrir si Dracula a réellement existé ? Et s’il restait des documents, des témoignages et des traces susceptibles de susciter de nouveaux doutes ?

De cette idée est née l’enquête qui anime le récit. Mes personnages ne cherchent pas le vampire lui-même, mais la vérité qui se cache derrière la légende. Cela m’a permis d’aborder une figure aussi emblématique sans recourir à des images déjà connues, et de construire une histoire fondée sur le mystère, les découvertes et les secrets du passé.

Le Village des Brumes est un lieu exigu, mais il dégage une atmosphère intense de silence, de solitude et de respect. Comment avez-vous réussi à construire ce village de manière à ce qu’il semble receler ses propres secrets ?

Dès le départ, je souhaitais que le Village des Brumes soit plus qu’un simple décor. L’idée était que le village lui-même transmette le sentiment que quelque chose avait été oublié ou caché au fil du temps.

C’est pourquoi j’ai choisi un petit endroit isolé, entouré d’éléments qui éveillent la curiosité : de vieux bâtiments, des sentiers peu fréquentés, un château au sommet d’une colline et des habitants qui semblent en savoir plus qu’ils ne le laissent paraître. Dans un tel environnement, le silence peut être aussi révélateur qu’une conversation.

J’ai aussi cherché à donner du sens aux détails. Le nom du village lui-même n’a pas été choisi au hasard ; il est lié aux caractéristiques du lieu et contribue à renforcer l’atmosphère que je souhaitais créer. J’aime l’idée que les lieux recèlent leurs propres souvenirs et histoires. C’est pourquoi Vila das Brumas a fini par faire partie intégrante du mystère, presque comme un personnage à part entière qui, lui aussi, garde ses propres secrets.

Le livre utilise de vieux documents, des lettres, des journaux intimes, des rouleaux et des objets comme autant de pièces d’un grand puzzle. Qu’est-ce qui vous attire dans cette idée d’explorer le passé à travers des fragments ?

Ce qui me séduit le plus dans cette idée, c’est que le passé nous parvient rarement dans son intégralité. Les historiens et les archéologues travaillent souvent précisément avec des fragments : un document, une lettre, un objet ou un récit qu’il faut interpréter et relier à d’autres découvertes.

En construisant l’histoire, je souhaitais que les personnages suivent le même processus. Il serait ennuyeux que toutes les réponses soient accessibles dès le départ. Le plaisir de la découverte réside précisément dans la recherche progressive d’indices et la tentative de comprendre comment ils s’articulent.

J’aime aussi penser que les objets et les documents recèlent des histoires. Un vieux journal intime, une lettre oubliée ou un artefact découvert lors de fouilles archéologiques peuvent révéler bien plus qu’il n’y paraît au premier abord. Dans « Cent ans plus tard », chaque découverte représente une nouvelle pièce d’un puzzle plus vaste, invitant le lecteur à explorer le passé aux côtés des personnages.

Vous affirmez que le passé ne cesse jamais complètement d’exister. Quel type de vérité historique ou de blessure vouliez-vous explorer en montrant des personnages tentant de dévoiler quelque chose qui devrait peut-être rester caché ?

Au-delà de l’exploration d’une blessure historique précise, je souhaitais réfléchir à la manière dont le passé continue d’influencer le présent. Souvent, les événements sont oubliés, occultés ou tout simplement perdus avec le temps, mais leurs conséquences persistent d’une manière ou d’une autre.

Dans « Cent ans plus tard », les personnages croient enquêter sur des événements très anciens. Pourtant, à mesure qu’ils approfondissent leurs recherches, ils réalisent que certaines histoires ne disparaissent jamais vraiment. Elles demeurent présentes dans les documents, les souvenirs, les lieux, et même dans les choix faits par d’autres générations.

Je trouve cette idée fascinante. Tous les secrets ne restent pas enfouis à jamais, et toutes les vérités ne disparaissent pas simplement parce qu’elles sont oubliées. C’est ce lien entre passé et présent que j’ai cherché à explorer tout au long du récit.

L’histoire se déroule en 1997, mais traverse différentes périodes historiques et a nécessité des recherches sur les guerres, les découvertes archéologiques et les technologies de diverses époques. Comment avez-vous concilié la rigueur du documentaire et la liberté de la fiction ?

La recherche a joué un rôle essentiel dans ce processus, car je souhaitais que le lecteur ait le sentiment que les événements auraient pu réellement se produire dans ce contexte historique. J’ai donc recherché des informations sur différentes périodes, conflits, lieux, technologies et aspects liés à l’archéologie et à l’histoire.

Parallèlement, je gardais toujours à l’esprit que j’écrivais un roman, et non un ouvrage universitaire. La recherche servait de base pour donner de la crédibilité au récit, tandis que la fiction me permettait de créer des personnages, des mystères et des événements capables de faire progresser l’histoire.

Pour moi, l’équilibre résidait précisément dans cette combinaison. J’ai cherché à respecter les éléments historiques qui ont inspiré l’œuvre, tout en me permettant d’imaginer ce qui pouvait exister dans les espaces que l’Histoire n’explique pas pleinement. C’est de cette rencontre entre recherche et imagination qu’est née « Cent ans plus tard ».

Les chercheurs abordent la mission avec des doutes, mais peu à peu, ils sont absorbés par un univers bien plus vaste qu’ils ne l’avaient imaginé. Que révèle ce voyage sur les liens entre raison, mythe et peur ?

Je crois que la raison, le mythe et la peur ne sont pas des éléments aussi distincts qu’on l’imagine généralement. Nombre de légendes sont nées précisément de la tentative de l’humanité de comprendre ce qui paraissait inexplicable à une époque donnée.

De tout temps, les chercheurs ont tenté d’analyser chaque chose de manière logique et rationnelle, mais ils se sont souvent heurtés à des situations qui remettaient en question leurs certitudes. Il ne s’agit pas d’abandonner la raison, mais de reconnaître que nous ne détenons pas toujours toutes les réponses.

La peur naît aussi de cet inconnu. Face à l’incompréhension, notre imagination comble les lacunes. Ainsi, le parcours des personnages illustre la coexistence possible de la raison, du mythe et de la peur. Souvent, loin d’être opposés, ils constituent différentes manières d’appréhender ce qui nous échappe encore.

Au final, « Cent ans plus tard » semble suggérer que certaines légendes perdurent car elles ont encore quelque chose à nous raconter. Quel sentiment souhaiteriez-vous que le lecteur éprouve en refermant le livre : fascination, malaise, crainte ou désir d’en savoir plus ?

Avant tout, je souhaite que le lecteur termine le livre avec l’envie d’approfondir le sujet. J’aime savoir qu’une histoire continue de vivre même après la dernière page, suscitant la curiosité et encourageant de nouvelles questions.

Si, après avoir terminé le livre, le lecteur réfléchit aux événements, effectue des recherches, discute avec d’autres personnes ou élabore ses propres théories, je crois que le récit a atteint son but. Nombre de grandes histoires nous marquent précisément parce qu’elles continuent de susciter la réflexion et des interprétations diverses au fil du temps.

Fascination, malaise, voire un peu de peur peuvent faire partie de l’expérience, mais mon plus grand souhait est de susciter la curiosité. Après tout, toute découverte commence lorsqu’on se pose une question.

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