Des splendeurs architecturales brésiliennes à la rigueur des constructions européennes, chaque choix architectural traduit un mode de vie.

Pour l’architecte, chaque ville visitée pendant le tournoi raconte une histoire à travers ses bâtiments, ses intérieurs et la manière dont les gens vivent ces espaces.

Pendant une Coupe du Monde, des millions de personnes suivent les équipes nationales, les stades et les matchs importants. Mais pour ceux qui observent l’architecture, l’événement révèle aussi une autre compétition silencieuse : la manière dont chaque pays exprime son identité à travers les espaces qu’il construit.

Pour l’architecte Camila Pimenta, voyager à travers différents pays, c’est comprendre que l’architecture fonctionne comme un langage capable de traduire des valeurs, une culture et des comportements.

« L’architecture est l’un des moyens les plus complets de comprendre une société. Elle montre comment un peuple occupe le territoire, comment il valorise la coexistence, comment il se rapporte à la nature et même comment il perçoit le temps. »

Selon l’architecte, cette perspective va bien au-delà des monuments les plus connus. Elle se manifeste dans l’organisation des villes, les proportions des bâtiments, le choix des matériaux et le rapport entre architecture et paysage.

« Chaque pays a développé ses propres solutions au fil de l’histoire. Il n’existe pas d’architecture universelle. Chaque société y apporte sa propre réponse, façonnée par son climat, sa culture et son mode de vie. »

Parmi les pays qui suscitent traditionnellement l’intérêt pour l’architecture, Camila souligne des caractéristiques bien distinctes.

« Le Brésil possède une architecture d’une grande générosité qui intègre le paysage, la lumière naturelle et la convivialité. La France impressionne par sa maîtrise des proportions. L’Espagne fait preuve d’une intelligence remarquable dans l’utilisation de la matière et de la lumière. L’Angleterre a bâti une tradition fondée sur la continuité et la mémoire. Le Portugal est aujourd’hui sans doute l’une des plus grandes références en matière d’équilibre entre patrimoine et modernité. »

Cette identité s’étend également à l’aménagement intérieur.

Camila Pimenta

Pour Camila, l’architecture et l’architecture d’intérieur ne doivent pas être considérées comme des disciplines indépendantes.

« L’intérieur révèle le mode de vie. C’est là que se manifestent les habitudes familiales, la manière de recevoir les invités, les rituels quotidiens et ce qui a véritablement de la valeur pour ceux qui habitent la maison. »

De l’avis de l’architecte, l’une des plus grandes erreurs est de vouloir importer des styles préétablis.

« Le rôle de l’architecture n’est pas de reproduire une esthétique étrangère. Il s’agit de comprendre pourquoi certaines solutions fonctionnent dans un lieu donné et de les réinterpréter en fonction de la réalité brésilienne. »

Cette conception influence également sa vision du marché international.

Pour Camila, tandis que la tradition européenne a bâti une culture fondée sur la permanence, la production industrielle et la valorisation du patrimoine, les Amériques ont développé une architecture plus ouverte à l’innovation, à la technologie et aux nouvelles façons d’occuper l’espace.

« Les projets les plus cohérents parviennent à conjuguer ces deux qualités. Ils respectent la construction du temps, tout en répondant intelligemment aux besoins contemporains. »

Parmi les matériaux qui gagnent en popularité à l’échelle mondiale, l’architecte observe un retour à l’authenticité.

On observe un intérêt croissant pour les pierres naturelles, les bois aux finitions moins industrielles, les textures artisanales et les matériaux qui conservent leurs caractéristiques d’origine. Plus que de suivre les tendances, on recherche des espaces qui vieillissent bien.

Lorsqu’elle évoque une référence internationale en architecture contemporaine, Camila choisit le Portugal.

« Le Portugal démontre qu’une architecture pertinente ne repose pas sur l’excès. Sa force réside dans la précision des proportions, la maîtrise de la lumière naturelle, le rapport au paysage et la qualité de la construction. C’est une architecture qui reste actuelle car elle repose sur des fondements très solides. »

Pour l’architecte, des événements mondiaux comme la Coupe du Monde contribuent spontanément à accroître l’intérêt du public pour l’architecture.

« Lorsque nous accompagnons un pays lors d’un événement majeur, nous observons également ses villes, ses espaces publics, ses hôtels, ses musées et la manière dont la société accueille le monde. L’architecture commence alors à raconter cette histoire de façon très naturelle. »

En conclusion, Camila résume ce qu’elle considère comme la plus grande leçon de ses voyages.

« Comprendre l’architecture d’un pays, c’est bien plus que comprendre ses bâtiments. C’est comprendre le mode de vie de ses habitants. Et c’est peut-être précisément pour cela que l’architecture demeure l’une des expressions culturelles les plus complètes qui soient. »

(Photo : Archives personnelles)