Sylvestra Bianchi – Le jeudi 20 août, Sylvestra sort le single « Esquecemos Quem Somos » (Nous avons oublié qui nous sommes), un titre représentant le Paraná sur la compilation *Brasil Plural*, confirmant ainsi la sensibilité qui caractérise son œuvre. Mêlant des éléments de musique populaire brésilienne contemporaine (MPB) à une atmosphère contemplative, la chanteuse-compositrice propose une réflexion sur l’identité, les attentes extérieures et le cheminement vers la redécouverte de soi. Dans une interview, Sylvestra évoque l’inspiration intuitive à l’origine de la composition, l’importance de représenter son État dans un projet national et sa recherche d’une musique qui n’offre pas de réponses toutes faites, mais invite l’auditeur à l’introspection.
« We Forget Who We Are » est née d’une réflexion sur la façon dont, tout au long de leur vie, les gens tentent de se conformer aux attentes extérieures jusqu’à s’éloigner de leur propre essence. À quel moment cette agitation est-elle devenue musique pour vous ?
La musique a commencé à prendre forme après mon invitation à participer à la compilation Brasil Plural de Marã Música. J’ai alors réfléchi au thème qui pourrait toucher des personnes d’horizons et de cultures différents, et la connaissance de soi s’est imposée comme une possibilité à la fois profondément humaine et universelle.
J’ai commencé à écrire la nuit, presque comme une conversation avec moi-même. Au petit matin, je me réveillais avec quelques vers et la mélodie en tête et j’ai noté l’idée sur mon téléphone pour ne pas la perdre. Le lendemain, j’ai contacté le producteur de musique Leomaristi pour que nous puissions commencer à transformer cette inspiration en musique.
C’est ainsi qu’une préoccupation qui faisait déjà partie de mes réflexions a trouvé le moyen d’exister à travers la chanson.
Composée spécifiquement pour représenter le Paraná dans la compilation « Brasil Plural », cette chanson évoque une expérience humaine qui transcende les frontières. Comment a-t-on réussi à concilier son identité originelle et un message aussi universel ?
Pour moi, représenter le Paraná ne signifiait pas forcément parler uniquement des aspects culturels de cet État. Je voulais trouver quelque chose qui puisse aussi représenter notre diversité en tant que Brésiliens, tout en montrant que nous partageons des expériences qui nous unissent.
La connaissance de soi s’est avérée être ce point de rencontre. Nous avons peut-être des histoires, des accents, des cultures et des parcours très différents, mais nous avons tous, à un moment donné, ressenti le besoin de plaire, de nous intégrer ou de nous redécouvrir.
Ainsi, ma musique véhicule mon identité et ma vision du monde, mais elle cherche à laisser à chacun la possibilité d’y trouver sa propre histoire.
Vous indiquez que le morceau ne vise pas à apporter des réponses toutes faites sur la connaissance de soi, mais plutôt à ouvrir un espace aux interrogations. Quelles questions souhaiteriez-vous que l’auditeur se pose en écoutant la musique ?
J’aimerais peut-être que chacun trouve sa propre question. Mais certaines peuvent surgir naturellement à l’écoute de la musique :
Qu’est-ce qui me semble vraiment logique ?
Dans quelle mesure mes choix sont-ils motivés par un désir sincère, et dans quelle mesure par la peur de décevoir quelqu’un ?
Qui suis-je quand je n’ai à répondre aux attentes de personne ?
Je ne crois pas qu’il existe de réponse définitive à ces questions. Pour moi, la connaissance de soi relève davantage de l’écoute et de la perception que d’une conclusion. Peut-être que la musique peut simplement ouvrir cette porte.
La composition a émergé de manière très intuitive, les couplets et la mélodie surgissant aux aurores. Comment gérez-vous ces moments où la musique semble arriver presque entièrement composée, avant même d’être rationalisée ?
J’ai appris à ne pas trop chercher à contrôler ces moments. Dès qu’une idée me vient, j’essaie de la noter immédiatement, même si ce n’est qu’un enregistrement sur mon téléphone ou quelques mots griffonnés.
« We Forgot Who We Are » est né de cette idée. J’écrivais les paroles et, au beau milieu de la nuit, je me suis réveillé avec la mélodie et quelques modifications aux couplets. J’ai tout enregistré sur-le-champ.
Il y a ensuite le travail conscient d’organiser, de peaufiner et de transformer cette inspiration en chanson. Mais je crois qu’une partie du processus se déroule tout simplement. Notre rôle, en tant que compositeurs, est peut-être d’être suffisamment attentifs pour reconnaître son apparition.

L’arrangement mêle piano, clavier, guitare, basse et percussions dans une atmosphère délicate et contemplative. Comment avez-vous conçu cette sonorité pour inciter l’auditeur à ralentir et à se recentrer sur lui-même ?
L’idée était de créer une sonorité qui complète les paroles sans les éclipser. La chanson étant empreinte d’une profonde intimité, il me semblait essentiel que les instruments laissent au message l’espace nécessaire pour s’exprimer pleinement.
Le piano et la guitare contribuent à faire ressortir cette délicatesse, tandis que la basse, les percussions et les claviers ajoutent du mouvement et de la profondeur à la production.
Nous ne souhaitions pas créer une œuvre trop intense. L’intention était de créer une atmosphère où l’auditeur puisse s’immerger progressivement dans la musique et se laisser emporter par la réflexion.
La collaboration avec Leomaristi, l’équipe de LadoBe Music et des musiciens de différents États a contribué à façonner la chanson. Qu’a apporté cet effort collectif à une chanson si intime et essentielle ?
C’était un moment très particulier car, bien que la musique soit née d’une expérience intime, elle s’est enrichie de nouvelles dimensions grâce aux rencontres avec d’autres professionnels.
La production instrumentale a débuté à distance, réunissant des musiciens de différents États, sous la coordination de Leomaristi en partenariat avec l’équipe de LadoBe Music et Marã Música. J’ai ensuite eu l’opportunité d’enregistrer les voix chez LadoBe Music, dans un cadre très accueillant et d’une grande qualité.
Je travaille avec Leomaristi et Marã Música depuis 2021 ; une relation de confiance s’est instaurée et nous avons connu une très belle évolution artistique. Parallèlement, chaque nouvel artiste apporte un regard différent. Je pense que cet échange a permis à une chanson, née si profondément en moi, de s’enrichir d’autres perspectives sans rien perdre de son essence.
Le clip, que vous avez décrit comme le projet le plus artistique de votre carrière à ce jour, intègre des symboles tels que des cadres photo, des étiquettes, des livres, une fenêtre et la plantation d’un jeune plant. Comment ces éléments contribuent-ils à représenter le chemin du retour à soi ?
Je souhaitais que le clip vidéo n’illustre pas seulement les paroles, mais qu’il crée une expérience visuelle pour elles.
Les étiquettes représentent les rôles et les caractéristiques que nous adoptons souvent pour être acceptés : être fort, parfait, productif, guerrier, agréable, etc. Les cadres véhiculent l’idée des limites et des normes auxquelles nous essayons de nous conformer.
Planter le jeune plant représente une autre dimension de ce processus : peut-être que se tourner vers l’intérieur est aussi une forme de culture, quelque chose qui requiert du temps, des soins et de la présence.
Et la scène du maquillage, où je commence par me maquiller puis j’enlève tout jusqu’à apparaître avec un visage propre, est peut-être l’une des images les plus directes de cette idée de suppression des couches.
Je souhaitais laisser ces symboles ouverts à l’interprétation. Chacun y verra peut-être quelque chose de différent, et cela fait partie intégrante du concept de la vidéo.
Le clip vidéo sera diffusé le 17 septembre à 11h sur la chaîne YouTube « Sylvestra Bianchi ».
Votre parcours unit musique, spiritualité, guérison intérieure et le concept de rock cosmique. Dans ce cheminement, quelle place occupe « We Forget Who We Are » dans votre volonté de créer un lien émotionnel avec les autres ?
Je pense que « We Forgot Who We Are » représente une maturation au sein de l’univers que j’ai construit en tant qu’artiste.
Mon travail a toujours été axé sur des thèmes tels que la spiritualité, la connaissance de soi et le lien avec quelque chose qui transcende le quotidien. Mais chaque chanson aborde ces questions d’une manière différente.
Dans cette chanson, je suis moins intéressé par l’apport de réponses que par le partage de questions. Je ne souhaite pas dicter aux autres leur conduite. Je veux créer une chanson qui puisse accompagner une personne dans un moment de réflexion et, peut-être, l’amener à se regarder avec un peu plus d’honnêteté et de bienveillance.
Le concept de Cosmic Rock demeure ce point de rencontre entre musique, spiritualité, réflexion et humanité. Les morceaux sont plus légers, mais le rock nourrit ma liberté d’expression. Et peut-être que « We Forgot Who We Are » en est précisément une expression plus aboutie : une chanson qui ne prétend pas définir qui nous sommes, mais qui nous invite à nous interroger.
C’est peut-être là la place que je souhaite occuper en tant qu’artiste : non pas celle de quelqu’un qui détient toutes les réponses, mais celle de quelqu’un capable de transformer certaines questions en musique.
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