Le groupe Drenna a réuni différentes voix de la scène musicale brésilienne pour transformer les expériences de censure, de contrôle et de résistance en un manifeste collectif. Sorti le 14 août, le single « Levante » met en vedette Dani Buarque, Ada Bellatrix, MC Taya et Yasmin Amaral, qui rejoignent la chanteuse Drenna Rodrigues sur un morceau mêlant rock alternatif, punk, hardcore et rap rock. Dans une interview, le groupe revient sur la genèse de cette collaboration, le choix d’aborder de front la lutte des femmes, le processus de transformation de ces expériences en un refrain unique, et la volonté de faire de cette musique non seulement une dénonciation, mais aussi un appel à l’unité, à l’occupation des espaces et à la transformation.

« Levante » est né comme un manifeste féministe sous forme de rock, rassemblant harcèlement, censure, jugement, réduction au silence et contrôle dans un seul appel à l’action. À quel moment avez-vous réalisé que cette chanson devait s’inscrire dans le récit d’« Interregno – O Mundo Depois da Certeza » ?

InterrègneIl évoque précisément cette période de transition que nous traversons. Le concept même de l’album découle de cette idée d’une période où…Les certitudes d’antan commencent à perdre de leur force, mais ce qui les remplacera est encore en train de se construire.C’est un espace entre ce qui ne fonctionne plus et ce qui reste à venir.

Pour moi, parler de transition, c’est aussi parler d’évolution. C’est là que j’ai compris que « Levante » prenait tout son sens dans ce contexte.

La chanson examine les structures et les comportements qui ont longtemps façonné la vie des femmes et interroge la persistance de ces choses dans une société qui prétend se transformer.On ne peut pas parler de progrès tant qu’on continue à perpétuer des structures qui auraient déjà dû être abandonnées.

Ainsi, « Levante » occupe cette place au sein deInterrègneElle reconnaît que nous vivons une période de changement, mais affirme également queL’avenir n’est pas prédéterminé ; il est sujet à débat.Et si nous vivons une période où les certitudes d’antan ne suffisent plus à comprendre le monde, nous voulons participer activement à la construction de l’avenir et veiller à ce que ce mouvement nous fasse progresser, et non reculer.

La chanson commence avec votre voix, mais elle n’est complète que lorsqu’elle devient un cri collectif. Qu’est-ce qui a changé dans la puissance du message lorsque Dani Buarque, Ada Bellatrix, MC Taya et Yasmin Amaral ont rejoint le morceau ?

Cela a complètement changé la dimension de la musique.

Je pourrais chanter « Levante » seule et défendre chaque mot des paroles, mais je pense que la chanson perdrait précisément l’essentiel de son message. Car il serait absurde d’écrire une chanson sur l’unité des femmes et de construire ce message à travers une voix solitaire.

Quand Yasmin, Dani, Ada et Taya se joignent à nous, la musique cesse d’être simplement mon récit. Chacune apporte son histoire, sa personnalité artistique et sa manière unique de s’exprimer. Et cela transparaît dans l’enregistrement.

Je ne voulais pas que cinq femmes cherchent à se ressembler. Je voulais exactement le contraire : cinq femmes différentes trouvant un terrain d’entente sans avoir à effacer leurs différences.

À partir de ce moment, la musique prend un autre sens. Ce n’est plus quelqu’un qui dit « Je pense ceci », mais un chœur qui clame « Nous n’acceptons plus cela ».

Vous mentionnez que « Levante » ne prétend pas parler au nom de toutes les femmes comme s’il n’existait qu’une seule expérience. Comment s’est passée la création d’une chanson qui respecte la diversité des expériences tout en trouvant une résistance commune ?

Cette attention était fondamentale pour moi car il n’existe pas d’expérience universelle de la féminité. La réalité d’une femme noire, d’une femme issue d’une minorité, d’une femme trans, d’une femme autochtone, d’une femme qui est mère, d’une femme qui ne souhaite pas être mère, d’une femme d’une autre génération, d’une autre classe sociale… tout cela engendre des expériences très différentes.

Je ne voulais donc pas écrire des paroles disant « c’est comme ça qu’on vit tous », car je n’ai pas le droit de parler de ce sujet.

Ce que j’ai cherché à faire, c’est de partir de situations et de structures qui affectent de nombreuses femmes de différentes manières : le contrôle du corps, le jugement, la peur, le silence imposé, l’idée que quelqu’un sait toujours mieux que nous comment nous devrions vivre.

Et peut-être que le point commun de la musique réside précisément dans le refus. Nous n’avons pas besoin d’avoir vécu exactement la même histoire pour reconnaître ce que nous n’acceptons plus.

Les paroles explorent les violences historiques et les formes de contrôle qui persistent aujourd’hui sous couvert de bienveillance, de protection ou de tradition. Pourquoi était-il important de montrer que certaines oppressions changent de langage tout en continuant d’imprégner la vie des femmes ?

Parce que certaines formes de contrôle sont devenues beaucoup plus sophistiquées.

Il est facile d’identifier la violence lorsqu’elle est manifeste. Il est plus difficile de la percevoir lorsqu’elle s’accompagne de phrases comme « Je fais ça pour ton bien », « Les femmes doivent se protéger », « Ce n’est pas quelque chose qu’une fille devrait faire », « Tiens-toi droite », « Parle doucement », « Ne me provoque pas », « Ne riposte pas ».

Souvent, la violence commence bien avant un acte extrême. Elle débute lorsqu’une fille apprend qu’elle doit se faire plus discrète, modérer sa voix et se sentir responsable du comportement des autres.

Ces expressions évoluent au gré des changements de la société. Certaines choses dites ouvertement il y a des décennies ne sont plus socialement acceptables aujourd’hui, mais leur logique peut continuer à se manifester sous d’autres formes.

Ainsi, l’une des idées présentées dans « Levante » est précisément celle-ci : tout ce qui se présente comme de la bienveillance n’en est pas forcément. Parfois, la bienveillance n’est que le nom le plus acceptable donné au contrôle.

Musicalement, le morceau se caractérise par des guitares denses, une basse et une batterie puissantes, ainsi que par des influences punk, hardcore et rap rock. Comment avez-vous conçu cette ampleur sonore pour qu’elle soutienne le message sans masquer les paroles ?

L’objectif principal était très clair :L’arrangement devait avoir du poids car les paroles en ont.Nous sommes entrés en studio avec cela en tête, mais aussi en sachant que rien ne pouvait contredire ce qui était dit.

Dans « Levante », les paroles sont au cœur de la musique. Un soin tout particulier a donc été apporté à la création d’une partie instrumentale puissante et intense, capable de renforcer l’impact du message sans risquer de le perdre dans l’arrangement.

Nous avons progressivement développé cette organisation.Car la musique elle-même possède ce mouvement constructif. Elle accumule de la force, prend corps et de la tension jusqu’à atteindre son apogée, le refrain, où le message cesse d’être presque une parole prononcée et se transforme complètement en un appel collectif à l’action.

C’était précisément l’idée :Le poids de la musique doit renforcer celui des mots, et non le concurrencer..Pour que la chanson évolue au rythme des paroles, jusqu’à culminer dans ce refrain qui se devait d’être puissant.

Le refrain a été conçu comme un appel collectif à l’action. Quelle image aviez-vous en tête en imaginant le public chantant cette chanson ensemble ?

Lorsque nous créons un refrain, nous pensons toujours à ce moment du spectacle où le public se met à chanter avec nous. C’est déjà le cas pour de nombreuses chansons de Drenna, et il est donc naturel que cette attente se fasse également sentir pour « Levante ».

Ce refrain a été conçu pour être chanté en chœur, afin de gagner encore plus en puissance lorsque plusieurs voix se joignent à la nôtre.

Maintenant que la chanson est sortie, je pense que ça va se produire petit à petit. J’imagine vraiment le refrain prendre de l’ampleur au fil des concerts jusqu’à ce qu’on commence à chanter et que le public se joigne à nous.

« Levante » transforme l’indignation en mouvement, dépassant la simple dénonciation pour proposer force, unité et occupation des espaces. Quelle énergie espérez-vous susciter chez celles et ceux qui se reconnaissent dans ce mouvement ?

Je pense que c’est une énergie de reconnaissance, mais aussi de mémoire. Celle de se souvenir de tout ce que les femmes ont déjà vécu et, surtout,Pour se souvenir de toute l’histoire de la lutte pour l’égalité, le respect et le droit d’exister dans la société sans avoir à se conformer à la place qui nous a été assignée..

Nombre des libertés dont nous jouissons aujourd’hui ne sont pas apparues spontanément. Elles ont été conquises grâce aux efforts d’autres femmes qui nous ont précédées, ont affronté des structures bien plus répressives, ont brisé le silence et ont ouvert des voies que nous continuons d’emprunter aujourd’hui.

Ainsi, « Levante » découle également de cette prise de conscience.Nous avons déjà accompli beaucoup de choses, mais il reste encore un long chemin à parcourir..Et c’est précisément parce que nous savons d’où nous venons et ce qu’il a fallu pour arriver ici que nous ne sommes pas prêts à abandonner, et encore moins à reculer.

L’unité qui se dégage de la musique découle de cela. C’est presque un engagement collectif à aller de l’avant et à rester vigilants afin que les droits, les espaces et les acquis, fruits de générations d’efforts, ne soient pas simplement anéantis.

La sortie comprendra également un visualiseur et un clip vidéo en cours de réalisation, dont l’esthétique s’inspire des manifestations. Comment souhaitez-vous traduire visuellement cette idée de nombreuses voix qui s’unissent pour briser le silence ?

Nous voulons que le clip vidéo soit aussi un espace pourreprésentation et célébration.Mettons en lumière les femmes qui ont marqué l’histoire, brisé les barrières et contribué à transformer la société, car les modèles féminins n’ont jamais manqué. Souvent, ce qui leur a fait défaut, c’est la reconnaissance qu’elles méritent.

Ces femmes figureront en bonne place dans le récit visuel, aux côtés d’images et de références aux manifestations, aux affiches, aux rues occupées et aux mouvements collectifs. L’objectif est de montrer visuellement la force de ces nombreuses voix qui s’unissent et qu’on ne peut plus ignorer.

La vidéo ne se contente donc pas d’illustrer la musique. Elle veut…Pour donner un visage à cette force collective, pour célébrer ces références et pour mettre les femmes au premier plan., ce qui correspond exactement à la place qu’ils devraient occuper dans cette histoire.

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