L’auteure-compositrice-interprète Ju Kosso a sorti le single « Sofisalma » le 20 mars, marquant une nouvelle étape dans sa carrière artistique. Elle y mêle esthétique industrielle, puissance sonore et une profonde réflexion sur l’identité et l’illusion. Enregistrée à Los Angeles, la chanson propose un son à la croisée du rock et de la pop, tout en abordant l’effondrement des personnages idéalisés et les contradictions intérieures souvent dissimulées. Fruit d’un processus créatif viscéral et autobiographique, ce titre confirme le retour de l’artiste à des compositions originales et ouvre la voie à de nouveaux projets.
Le single « Sofisalma » est né d’une réflexion sur les masques sociaux et l’auto-illusion. À quel moment avez-vous réalisé que ce thème devait devenir une chanson ?
En société, il faut survivre, et pour survivre en respectant les normes sociales, une certaine « perfection » semble être de rigueur. Or, je me rends compte que cette perfection rend les gens malades, car personne ne peut la maintenir. J’ai commencé à percevoir ce conflit entre ce que nous montrons et ce que nous sommes réellement. C’est ainsi que j’ai écrit « Sofisalma », inspirée par une mélodie qui m’est venue à l’esprit.
La référence aux sophistes de la Grèce antique est assez intéressante pour une chanson contemporaine. Comment cette idée philosophique s’est-elle intégrée à votre composition ?
Je crois qu’il existe des cycles qui se répètent au fil du temps. Il y a toujours eu – et il y a encore – des gens qui se cachent par peur. C’est comme si l’on rabâchait sans cesse. Les sophistes parlaient déjà de discours, de persuasion… et aujourd’hui, nous continuons sur cette voie, souvent par crainte de ne pas être acceptés par la société.

Vous décrivez le processus créatif de la composition musicale comme un « vomissement créatif », quelque chose de viscéral survenant après une période de blocage créatif. Que s’est-il passé en vous lorsque cette créativité a enfin recommencé à jaillir ?
J’avais l’impression que mon âme s’était parfaitement incarnée. Ce n’était pas prémédité, c’était presque spontané. Il n’y avait aucune pression, aucune obligation ; c’était une expérience très intime avec moi-même. J’ai repris possession de mon espace et réaffirmé mon vocation, d’autant plus qu’elle me permet d’exprimer ma vision du monde.
Le choix d’enregistrer le single à Los Angeles semble également avoir été très symbolique. Qu’a apporté cette expérience à l’étranger à la construction sonore et émotionnelle du morceau ?
Le plus important pour moi, c’était le résultat final : parvenir à un son qui me représente vraiment, avec plus de profondeur, plus d’identité et une esthétique que j’ai toujours recherchée. J’avais déjà une idée précise de la musique, et cette collaboration avec AJ Oliveira aux Lounge Studios m’a donné confiance et a rendu le tout encore plus vivant. Je me suis sentie artistiquement respectée tout au long de ce processus.

Musicalement, « Sofisalma » mêle rock industriel, heavy metal et pop. Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre ces influences pour créer l’identité sonore de la chanson ?
J’ai grandi en écoutant des groupes de rock brésiliens émergents comme Barão Vermelho, Paralamas do Sucesso, Titãs et Kid Abelha, qui possèdent ce côté mélodique et accessible. Parallèlement, j’ai toujours été très influencé par des voix comme celles d’Elis Regina et de Cássia Eller, qui insufflent une grande authenticité à leurs morceaux. Et, d’un autre côté, j’apprécie beaucoup la puissance, la répétition, l’esthétique plus dense de groupes comme Rammstein et Nine Inch Nails, ainsi que les influences électroniques de Kraftwerk.
Le clip, réalisé par Arnaldo Belotto, promet une esthétique inspirée des romans graphiques et une ambiance industrielle. Comment s’est déroulée la transformation de l’essence de la musique en un récit visuel ?
Une fois la musique terminée, j’imaginais déjà un univers proche de la bande dessinée, un peu sombre, mais aussi réconfortant. J’ai vu certains de ses travaux et j’ai trouvé que ça collait bien. Il a accepté de développer le concept visuel, et nous avons échangé à plusieurs reprises, peaufinant ensemble de nombreux détails.
Il a fini par comprendre l’idée et les personnages que j’avais demandés. « Sofisalma » parle de l’esprit, de la façon dont nous nous forgeons des personnalités en nous mentant à nous-mêmes et aux autres. L’esthétique du roman graphique renforce cette idée : c’est du dessin, c’est du fantastique, ce n’est pas réel.

Vous avez débuté votre parcours artistique dès votre enfance, à la télévision et dans la musique. Aujourd’hui, avec le recul, qu’est-ce qui a changé dans votre perception de vous-même en tant qu’artiste ?
La maturité. Avant, je croyais à la célébrité, aujourd’hui je crois en moi.
Vous décrivez « Sofisalma » comme un point-virgule marquant une nouvelle étape dans votre carrière. Quels thèmes et émotions comptez-vous explorer dans vos prochains albums ?
Chaque aspect de ce travail m’a profondément touchée. J’ai froissé d’innombrables feuilles de papier jusqu’à obtenir le résultat souhaité. Il me reste encore beaucoup à explorer.
J’ai déjà d’autres chansons avec un début, un milieu et une fin, en préproduction, et maintenant je vais en studio – et j’adore ce processus. Je suis dans une période de grande liberté artistique, sans échéances, sans pression, sans cette logique de fonctionner comme un robot. Je suis honnête avec moi-même.
Je savoure ma créativité car je peux la concrétiser. Peu m’importe qu’elle soit à la mode, qu’elle soit « dans son élément » ou qu’elle paraisse hors de propos. Je n’ai plus rien à perdre.
« Sofisalma » est sorti le 20, avec une incroyable collaboration à la basse avec Felipe Andreoli, et d’autres chansons suivront — toutes réalisées avec émotion et, qui sait, peut-être avec de futures collaborations également.
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