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Murilo Muraah mêle musique, spiritualité et politique dans une nouvelle session live

Murilo Muraah (Rodrigo Calorio)

L’auteur-compositeur-interprète Murilo Muraah a présenté « Murilo Muraah Live at Gugastro Studio », un projet lancé le 1er mai qui marque son retour artistique dans le cadre du cycle « Restless Wanderer ». Bien plus qu’un simple enregistrement musical, ce spectacle propose un dialogue entre l’art, la spiritualité et les enjeux sociaux contemporains, abordant des thèmes tels que la démocratie, l’extrémisme et la liberté de pensée. Dans une interview, Murilo revient sur sa décision de remonter sur scène en cette période de crises politiques et sociales, sur la construction collective du répertoire et sur son désir de faire de la musique un espace de réflexion et de partage.

« Restless Wanderer » marque un retour artistique en pleine crise sociale, économique et politique. Qu’est-ce qui, en vous, a exigé ce retour maintenant et pas avant ?

Ces dernières années, et plus particulièrement après 2018, mon travail professionnel et militant m’a placée au cœur de luttes importantes, comme la défense de la démocratie et du droit à la culture. Pourtant, la création artistique me manquait profondément. Elle enrichit ces combats d’une autre dimension et permet d’envisager la vie sous un angle différent. Au-delà de la lutte contre les inégalités, les injustices et la perte de nos droits, il est essentiel d’ouvrir d’autres perspectives. Je dis souvent qu’être incapable d’aspirer à un avenir différent de celui que nous offre le système socio-politique actuel relève non seulement d’un manque d’humanité, compte tenu des immenses injustices et inégalités au Brésil et dans le monde, mais aussi d’un profond manque de créativité. Le retour de mon projet artistique est né de ce désir d’interroger le passé et le présent, d’ouvrir la voie à d’autres avenirs, d’autres manières d’être au monde.

Vous parlez de la musique, de la spiritualité et de la politique comme de composantes d’une même expérience. Comment ces dimensions se sont-elles entremêlées de façon si organique dans votre travail ?

Mes compositions naissent presque toujours d’un écrit. J’ai d’abord quelque chose à dire, et ce n’est qu’ensuite que cela prend une forme musicale. Ainsi, pour moi, composer de la musique a toujours été une façon d’exprimer différentes pensées, sensations, sentiments, perceptions, doutes…

Mon exploration de la spiritualité m’accompagne depuis de nombreuses années, il est donc naturel qu’elle soit au cœur de mon travail artistique. La dimension politique y a toujours été présente d’une manière ou d’une autre, sans pour autant être propagandiste. Elle naît d’un questionnement critique du monde dans lequel nous vivons ou d’événements spécifiques. On peut citer en exemple la chanson « Esperando Seu Fim » (Attendre ta fin), présente sur l’album Mundo Dual (2006) et dans l’enregistrement live Ao Vivo no Gugastro Estúdio (2006), qui exprimait avec force une préoccupation humaniste face à la situation mondiale suite aux attentats terroristes du 11 septembre 2001. Autre exemple : la chanson « Bélico, Fálico, Falho » (Guerrier, Phallique, Imparfait), également extraite de Mundo Dual, qui relate un féminicide et critique un modèle de masculinité violente, des décennies avant que ces questions n’acquièrent l’importance qu’elles ont finalement obtenue dans le débat public ces dernières années.

Ces dernières années, la religion a été instrumentalisée à des fins politiques au Brésil, aux États-Unis et dans d’autres pays occidentaux. C’est pourquoi, dans ce retour à mon travail musical, le désir d’unir spiritualité et politique m’est venu naturellement. Face aux tentatives de suppression des différentes visions du monde afin d’imposer une expérience religieuse unique, j’ai compris qu’il était temps d’exprimer mes idées sur la construction d’autres manières de vivre la spiritualité, en valorisant le doute, le scepticisme, voire l’athéisme. Il s’agit de concevoir la spiritualité comme un processus en constante évolution, enrichi par diverses expériences, religieuses ou non. Aborder la spiritualité de cette manière, dans le contexte actuel, est sans aucun doute aussi un choix politique.

Murilo Muraah (Rodrigo Calorio)
Murilo Muraah (Rodrigo Calorio)

Votre spiritualité se manifeste dans ce projet comme une approche philosophique, libre et non dogmatique. Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette voie de réflexion plus ouverte, et comment cela imprègne-t-il vos chansons ?

Nous avons l’habitude de comprendre la spiritualité toujours sous un angle religieux, mais ce n’est là qu’une de ses dimensions possibles. Il est par ailleurs nécessaire d’interpréter les pratiques religieuses dogmatiques dans une perspective non seulement historique, mais aussi politique. L’instrumentalisation politique des différentes religions a déjà conduit l’humanité à commettre d’innombrables actes de lâcheté injustifiables. Combien de projets de pouvoir ont utilisé la foi comme outil de contrôle et d’asservissement ? Combien le font encore ?

Mes compositions visent à élargir cette compréhension de la spiritualité, en intégrant la connaissance de soi et une démarche introspective comme éléments fondamentaux. La religion, dans ce contexte, peut être un choix personnel, source de connaissances et d’intuitions précieuses à travers des récits, des pratiques et des pensées riches en symbolisme. Libérée de toute contrainte, la spiritualité se présente comme un chemin à parcourir librement, sans destination finale, où le voyage lui-même offre les plus profondes opportunités de connexion à la vie et au potentiel humain. Forte de cette liberté, la spiritualité permet d’accueillir les enseignements des différentes religions comme autant d’expressions culturelles diverses sur différents aspects de la spiritualité. Les différences s’enrichissent mutuellement, sans s’exclure. Il y a là une immense beauté. C’est en partie cette interrogation et cette beauté que je m’efforce de transmettre dans ma musique.

Tout au long de la séance, vous alternez musique et interventions sur la démocratie, l’extrémisme et l’instrumentalisation de la religion au service du pouvoir. Qu’est-ce qui vous motive à transformer la scène en un espace de réflexion et d’expression ?

Je comprends que la scène ne se transforme pas ; elle est avant tout un espace de réflexion et de positionnement. Qui y monte, sur quelle scène, pour quelle raison, pour quel public… tous ces éléments s’inscrivent dans un contexte politique, que nous en soyons conscients ou non.

Au Brésil en 2026, prendre la parole sans cette prise de conscience reviendrait à reproduire sans esprit critique une logique perverse qui amalgame diverses injustices et inégalités sociales à l’escalade mondiale d’un projet politique exclusionniste, inhumain, autoritaire et ultra-violent. L’extrême droite a maintes fois démontré ce dont elle est capable. Dès lors, je crois que quiconque a une voix, la capacité de s’adresser aux autres, devrait utiliser ce pouvoir pour favoriser une meilleure compréhension et une plus grande prise de conscience politiques et humanitaires.

Ce n’est pas chose aisée, car depuis des années, une barrière a été érigée qui entrave toute tentative de communication avec les victimes de ce projet extrémiste. Lorsque les seules sources d’information autorisées sont celles des extrémistes eux-mêmes, tout ce qui vient d’ailleurs est rejeté. Malgré tout, il est nécessaire de persévérer, de continuer à chercher des points de convergence, et l’art, sans aucun doute, peut offrir de précieuses opportunités.

Murilo Muraah (Rodrigo Calorio)

Le répertoire comprend des compositions récentes, des morceaux de Mundo Dual et des medleys aux influences variées. Que révèle ce dialogue entre passé et présent sur l’artiste que vous étiez et sur celui que vous êtes aujourd’hui ?

Les morceaux de l’album Mundo Dual démontrent que certains éléments de mon travail actuel étaient déjà présents il y a plus de vingt ans, tant au niveau des idées que des sonorités. Mais on y observe aussi de nombreuses différences : une meilleure compréhension des thèmes déjà abordés et une plus grande maîtrise musicale dans la création et l’interprétation des chansons.

Le respect du passé a toujours été présent ; ce n’est pas un hasard si des chansons comme Cristina (Tim Maia et Carlos Imperial) ou Ai Que Saudade D’Ocê (Vital Farias) étaient déjà jouées à l’époque et figurent toujours à mon répertoire. Le lien avec les artistes indépendants contemporains est également une caractéristique de ce retour ; j’essaie toujours d’intégrer des morceaux récents à mes concerts, tels que Quem Vai Apagar a Luz (Sophia Chablau) ou Vampiro (YMA). Cela témoigne de ma plus grande curiosité musicale actuelle, mais aussi de mon désir de célébrer la scène indépendante brésilienne, incroyablement riche et qui produit, année après année, d’innombrables artistes et compositions d’une immense qualité.

Vous dites que chaque chanson commence par une version studio, mais prend une nouvelle dimension avec le groupe. Qu’est-ce que l’expérience du live vous permet de dire ou de ressentir que le studio seul ne peut pas exprimer ?

Le contact direct avec le public transforme radicalement non seulement la musique, mais aussi l’artiste lui-même. Ce ne sont pas toujours les mots qui changent, mais la façon dont ils sont ressentis et interprétés, même avec les mêmes mots. Le studio est souvent un espace d’expérimentation sonore, d’essais et d’erreurs, de perfectionnement de chaque morceau. Sur scène, la musique repose généralement déjà sur une structure solide, mais chaque performance parvient à être unique. La différence peut venir des improvisations, des subtilités d’exécution, de la réaction du public à chaque instant. Malgré une carrière professionnelle en studio, la scène me touche et me bouleverse d’une manière unique, et je me demande comment j’ai pu passer tant d’années loin d’elle. J’étais éloigné d’une partie essentielle de ma vie, et c’est merveilleux d’y être de retour.

Murilo Muraah (Rodrigo Calorio)

Il y a quelque chose de très beau dans cette volonté de documenter cette phase avec qualité, presque comme une façon de compenser le manque d’archives de la première étape. Quelle importance émotionnelle ce projet revêt-il pour vous, à cet égard ?

Ce manque d’enregistrements m’a toujours beaucoup dérangé. J’ai donné des concerts inoubliables et joué aux côtés d’icônes de la musique brésilienne, mais je ne possède que des photos de ces moments, d’une qualité bien inférieure à celle des appareils numériques actuels. Je n’ai pratiquement aucune vidéo des performances que j’ai données entre 1999 et 2009. Il était donc naturel de vouloir enregistrer le concert de mon retour, d’autant plus qu’il avait lieu au studio Gugastro, qui dispose déjà d’un excellent équipement audiovisuel, géré par Renato Soares.

Plus encore, cet enregistrement a quelque chose d’un peu insolite. C’était mon premier concert en seize ans, avec un groupe qui se produisait pour la première fois ensemble. Forcément, j’ai rencontré des problèmes techniques, et cela s’entend sur l’enregistrement, notamment à cause de l’émotion de remonter sur scène. Je savais que ce serait ainsi, mais je tenais absolument à l’enregistrer ; c’était un moment très important, non seulement dans ma carrière artistique, mais aussi dans ma vie.

La sortie de l’EP et de la session live « Ao Vivo no Gugastro Estúdio » était une façon de faire découvrir ce retour à un public plus large. Voir cet enregistrement diffusé sur la chaîne Music Box Brasil est extrêmement important pour moi. Quiconque a déjà foulé les planches sait à quel point le trac peut être paralysant, surtout après une si longue absence. C’est formidable de constater que cette première prestation a déjà suscité autant d’intérêt ; cela n’a fait qu’accroître mon enthousiasme à donner toujours plus de concerts, en travaillant et en m’entraînant sans cesse pour les améliorer.

Parallèlement à sa carrière musicale, elle a travaillé dans le domaine de la gestion culturelle et milité pour la défense de la démocratie. Comment ces expériences hors scène ont-elles influencé sa manière de créer, de chanter et de se présenter artistiquement au monde ?

Comme je l’ai dit précédemment, j’écris généralement les paroles avant de composer ma musique. D’une certaine manière, cela s’applique également à mon rôle de gestionnaire culturel et de militant. Avant d’agir, il y a une raison qui me pousse à le faire. Ainsi, avant de travailler pendant dix ans comme technicien puis directeur des studios Fábricas de Cultura, je souhaitais déjà œuvrer avec la musique dans un contexte de transformation sociale. Depuis mon intégration au programme, j’ai pris conscience de ma responsabilité dans l’élaboration d’une politique publique susceptible d’avoir un impact sur un grand nombre de personnes, notamment les jeunes, en situation de grande vulnérabilité sociale. Durant cette période, j’ai toujours eu à cœur d’offrir au public des opportunités d’action plus nombreuses et de meilleure qualité, ce qui a permis la mise en place de plusieurs partenariats stratégiques et l’expansion des actions proposées par les studios. Parallèlement, je suis toujours resté ouvert à des approches différentes de mes propres idées, cherchant à répondre aux demandes et aux suggestions du public et des équipes elles-mêmes. Ce fut une opportunité unique de développement personnel et professionnel, qui a transformé ma vision du monde et m’a mis en contact avec des personnes et des réalités diverses. Cela a sans aucun doute influencé la création du cycle du Vagabond Infatigable, que je construis non pas à partir de certitudes personnelles, mais à partir de l’importance de s’ouvrir aux différences, à la diversité de la vie.

En tant que militante, j’ai commencé par m’engager dans des luttes au sein du secteur culturel, mais la situation du pays m’a amenée à m’investir pleinement dans le combat pour la défense de la démocratie. J’ai contribué à fonder Direitos Já! Fórum pela Democracia (Droits Maintenant ! Forum pour la Démocratie) et j’ai coordonné la mobilisation de la société civile entre 2019 et 2023, organisant onze événements majeurs, la campagne nationale Abrace a Vacina (Acceptez le Vaccin) et diverses autres actions. J’ai œuvré à instaurer un dialogue avec des responsables et des organisations de différents horizons, cherchant non seulement à protéger la démocratie, mais aussi à souligner la nécessité de la renforcer. J’ai quitté le mouvement en 2025, n’y percevant plus d’engagement envers ces objectifs, mais cette expérience a sans aucun doute été extrêmement enrichissante pour moi.

Mes chansons sont originales et reflètent sans détour mes pensées et mes sentiments. J’ai été éloignée de mon projet et de la scène entre 2009 et 2025, mais cette pause était essentielle pour me permettre de développer d’autres aspects de ma vie. Il est donc naturel que tout soit aujourd’hui mélangé avec une telle force et un tel sentiment d’urgence, perceptibles dans le spectacle enregistré, dans les performances que j’ai données et, sans aucun doute, dans les prochaines étapes de mon projet.

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