L’auteure-compositrice-interprète IARAH présente « Ao Menos Uma Vez » (Au moins une fois), un nouveau single sorti chez Marã Música le 29 mai. Ce titre explore des sentiments profonds liés au deuil, au souvenir et à l’absence. Écrit en hommage à son grand-père paternel, il mêle mélancolie, intensité émotionnelle et une interprétation sensible pour transformer des souvenirs fragmentés en musique. Dans une interview, IARAH évoque le processus d’écriture intime, son expérience émotionnelle en studio et comment l’art est devenu pour elle un moyen de donner un nouveau sens au désir et de maintenir vivant le lien affectif avec ceux qui nous ont quittés trop tôt.
« At Least Once » est née d’une absence très intime et persistante. À quel moment avez-vous ressenti que ce manque de votre grand-père devait se traduire en musique ?
En fait, c’était très naturel. Il n’y a pas eu de moment précis où je me suis dit : « Il faut que je mette ça en musique. » J’étais déjà en train de finaliser les compositions de l’album quand j’ai commencé à beaucoup rêver de mon grand-père, à regarder des photos de lui, à me souvenir de petits détails et à ressentir à nouveau sa présence. Je crois que la musique a fini par émerger comme un besoin émotionnel, presque comme une conversation que je ressentais le besoin d’avoir avec lui. Écrire à ce sujet était donc très important pour moi.
Vous parlez de souvenirs fragmentés, presque comme des sensations à la dérive dans le temps. Comment avez-vous fait pour transformer des souvenirs aussi délicats et incomplets en une chanson si riche en émotions ?
C’était plus facile que je ne l’avais imaginé, car les paroles me sont venues de façon très sincère et spontanée. J’avais l’impression de libérer enfin des sentiments et des souvenirs enfouis depuis longtemps. Même s’il s’agissait de souvenirs fragmentaires, ils étaient chargés d’émotions très fortes, et je pense que c’est ce qui a permis à la chanson d’atteindre une telle plénitude émotionnelle. Parfois, on ne se souvient pas des détails précis, mais on n’oublie jamais ce que cette personne nous a fait ressentir.
Le morceau mêle avec une force saisissante gravité et mélancolie. Comment avez-vous travaillé cette sonorité pour exprimer le chagrin sans perdre la délicatesse de l’hommage ?
Ce fut un travail d’équipe très fort entre Marco, Maurício et moi. Je leur ai proposé une idée mélodique initiale, déjà chargée d’émotion, et ensemble, nous avons construit la partie instrumentale pour traduire cette intensité émotionnelle sans en altérer la sensibilité. Ce fut un processus délicat, car je souhaitais que la musique exprime la douleur, le désir et le vide, mais aussi beaucoup d’amour. Trouver cet équilibre fut un véritable défi, mais je crois que nous y sommes parvenus avec beaucoup d’authenticité.

Vous avez mentionné que la chanson a commencé par la mélodie, avant même que les paroles ne prennent forme. Qu’est-ce qui, dans cette mélodie initiale, portait déjà en elle l’atmosphère de « At Least Once » ?
Je crois qu’il y avait surtout beaucoup de tristesse et de nostalgie. La mélodie portait déjà en elle ce sentiment d’absence avant même que les paroles ne soient écrites. Il y a une douleur sourde à réaliser qu’on commence à oublier des petits détails concernant une personne si importante dans notre vie, et je pense que ce sentiment était pleinement présent dès les premiers accords.
L’écriture de cette chanson semble aussi avoir été une façon de renouer avec votre grand-père, comme pour rendre tangible cette absence. Qu’est-ce que ce processus a éveillé en vous, au-delà de la composition elle-même ?
Ce fut un processus très délicat, mais aussi un processus de guérison. Je crois qu’on ne surmonte jamais complètement le deuil ; il nous accompagne toujours d’une manière ou d’une autre, mais écrire cette chanson m’a aidée à aborder cette douleur avec plus de tendresse. Cela m’a permis de revisiter des souvenirs, des sentiments, et même des aspects de moi-même que j’avais enfouis au plus profond de moi. Au final, j’ai le sentiment que c’était une façon d’immortaliser l’amour et l’importance qu’il a eus dans ma vie. J’espère sincèrement que, où qu’il soit, il peut ressentir cela.
Beaucoup de gens font leur deuil en essayant de préserver de petits fragments du défunt. Pensez-vous que cette chanson exprime aussi ce besoin humain de faire vivre la présence d’une personne à travers le souvenir ?
Absolument. Je pense que la chanson exprime avec force cette tentative presque désespérée de préserver les souvenirs d’une personne disparue. Notamment dans des vers comme « et dans ma mémoire je cherche encore un signe, mais il ne reste que le vide de ton absence » ou « les photos ont disparu, ton parfum aussi, alors dis-moi pourquoi je pleure encore pour toi ». Ces couplets illustrent parfaitement la douleur de réaliser que le temps efface certains souvenirs, tandis que le sentiment demeure vivant en nous. C’est une chanson sur le désir, mais aussi sur l’amour et la permanence.
Vous avez dit avoir été très émue en studio en voyant la musique prendre forme. Dans un projet aussi personnel, qu’avez-vous ressenti en entendant votre douleur et votre hommage se transformer en musique ?
C’était extrêmement émouvant. Je crois qu’il est impossible de traverser un tel processus sans être touché par l’émotion, car à mesure que la musique prend forme, on revisite des souvenirs, des moments et des sentiments très profonds. Il y a la douleur de comprendre que cette personne ne reviendra pas, mais en même temps, il y a quelque chose de très beau à pouvoir transformer tout cela en art. C’était presque comme donner voix à des sentiments que j’avais gardés en silence pendant longtemps, et entendre cela se produire en studio a été une expérience très intense et particulière pour moi.
Avec la sortie de « At Least Once », qu’espérez-vous le plus que le public y trouve : l’identification, le réconfort, l’acceptation, ou le sentiment que le désir peut aussi être une forme d’amour qui perdure ?
Je crois que c’est un peu de tout. Le manque est inévitable quand on aime profondément quelqu’un, et chacun vit le deuil différemment. Mais j’espère que la musique pourra apporter compréhension, acceptation et même réconfort à ceux qui l’écoutent. Surtout, je pense qu’elle transmet un message très important : chérir les gens de leur vivant. Au final, l’amour continue d’exister dans les souvenirs, dans le manque et dans tout ce que cette personne a laissé en nous.
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