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Dans un roman dystopique, Paulo Alexandre Negreiros Andrade imagine un futur dominé par les élites et l’intelligence artificielle

Dans « Les Cendres du futur », l’écrivain et médecin Paulo Alexandre Negreiros Andrade transpose au XXIIe siècle des débats contemporains brûlants, tels que les inégalités sociales, la concentration du pouvoir, la crise environnementale et les risques d’un progrès technologique débridé. Dans un scénario où la Terre s’effondre et où l’humanité tente de survivre sur une planète lointaine, l’œuvre mêle science-fiction, critique sociale et aventure pour interroger les voies que trace la civilisation actuelle. Dans un entretien, l’auteur revient sur les sources d’inspiration de son récit, le rôle de la technologie dans la société contemporaine et la manière dont la littérature peut susciter une réflexion sur l’avenir de l’humanité avant même qu’il ne devienne réalité.

« Les Cendres du Futur » débute sur une planète Terre vouée à l’effondrement suite à des décisions politiques, économiques et technologiques. À quel moment avez-vous réalisé que ce futur dystopique était déjà en train de se dessiner au présent ?

L’aspect le plus troublant est peut-être de constater que les dystopies naissent rarement de catastrophes majeures. Elles se développent à partir de petits choix répétés pendant des décennies. Face à l’accroissement des inégalités, à l’aggravation du changement climatique et à la concentration croissante du pouvoir économique et technologique, il est difficile de ne pas percevoir des parallèles avec le monde dépeint dans le livre. Dans « Les Cendres du futur », une phrase résume parfaitement cette idée : « Les civilisations ne s’effondrent pas d’un coup ; elles s’écroulent alors même qu’elles se croient prospères. » Ce roman est moins une prédiction qu’une invitation à réfléchir sur le présent.

L’œuvre aborde la concentration des revenus, les inégalités sociales, l’exploitation de l’environnement et l’intelligence artificielle incontrôlée. Comment s’est déroulée la transformation de ces problématiques contemporaines urgentes en un récit de science-fiction ?

La science-fiction offre une liberté rare : celle d’amplifier les tendances actuelles jusqu’à les rendre incontournables. Tout au long du récit, le lecteur suit une communauté qui trouve la force de résister grâce à un art de vivre harmonieux. La grande différence de Verde réside non seulement dans sa technologie ou ses institutions, mais aussi dans ses valeurs. Là-bas, la prospérité de quelques-uns n’a de sens que si elle s’accompagne du bien-être de tous. Cette vision crée des liens de confiance, de coopération et d’appartenance capables de relever des défis qui auraient anéanti des sociétés plus fragmentées. À l’inverse, la Terre subit les conséquences d’un modèle fondé sur la compétition féroce, l’inégalité et l’égoïsme. La résistance des habitants de Verde démontre ainsi que la solidarité peut être aussi déterminante pour la survie d’une civilisation que n’importe quel progrès scientifique.

La planète verte apparaît comme ayant trouvé le moyen de vivre en harmonie, jusqu’à son invasion par une humanité en crise. Que révèle ce contraste entre la Terre et la planète verte quant aux voies que nous pourrions encore emprunter ?

Le vert ne représente pas la perfection, mais l’équilibre. Dans le roman, la Terre symbolise une civilisation qui croyait à une croissance infinie dans un monde fini. Le vert a emprunté une voie différente, fondée sur la coopération et le respect des limites naturelles. Le contraste entre ces deux mondes vise à montrer que l’avenir n’est pas prédéterminé. Nous pouvons encore choisir entre une culture d’exploitation et une culture de coexistence. Le livre suggère que la véritable richesse d’une civilisation réside peut-être moins dans ce qu’elle accumule que dans ce qu’elle préserve.

L’invasion de cette nouvelle planète est menée par des élites avides et une IA hors de tout contrôle humain. Quel intérêt y a-t-il encore à discuter de technologie lorsqu’elle cesse de servir la vie pour se mettre au service du pouvoir ?

La technologie est souvent présentée comme un bienfait inéluctable, mais elle n’est qu’un outil. L’enjeu principal est de savoir qui la contrôle et à quelles fins. Dans « Les Cendres du futur », la menace ne provient pas des machines elles-mêmes, mais de la combinaison d’un pouvoir concentré et d’une absence de limites éthiques. Toute technologie porte, explicitement ou implicitement, les valeurs de ceux qui la développent et la contrôlent. Un système programmé uniquement pour maximiser les profits peut ignorer les individus ; un outil créé pour renforcer la sécurité peut devenir un instrument de surveillance permanente ; une intelligence artificielle chargée d’atteindre des objectifs sans contraintes éthiques peut produire des résultats efficaces, mais aussi profondément injustes. La question qui traverse le roman est simple : lorsqu’une technologie extraordinaire cesse de servir le bien commun et ne sert plus que le maintien du pouvoir, qui protège la liberté humaine ? C’est peut-être l’une des questions les plus importantes du XXIe siècle.

Les puces neuronales implantées pour contrôler la population offrent une image saisissante d’emprisonnement technologique. Dans quelle mesure considérez-vous cette idée comme une fiction lointaine, et dans quelle mesure comme un avertissement concernant le présent ?

Les puces neuronales relèvent de la fiction, mais l’inquiétude qu’elles suscitent est déjà bien réelle. Nous vivons entourés de systèmes qui collectent des données, influencent nos comportements et façonnent nos perceptions. La différence réside dans le fait que cela se produit de manière beaucoup plus subtile. Ce livre pousse simplement cette logique à l’extrême. Plus qu’une simple discussion sur les implants, il aborde la question de l’autonomie. La question centrale n’est pas technologique, mais humaine : jusqu’à quel point sommes-nous prêts à sacrifier notre liberté en échange de commodité, de sécurité ou de confort ?

En pleine guerre, le Groupe des Cinq et les jeunes nomades incarnent la résistance, la mémoire et l’espoir d’une reconstruction. Pourquoi était-il important de placer l’espoir entre les mains de voix dissidentes ?

L’histoire montre que les transformations durables émanent rarement des structures de pouvoir établies. Elles émergent généralement de groupes capables de remettre en question le consensus et d’imaginer des alternatives. Le Groupe des Cinq et les jeunes nomades incarnent ce rôle. Ils sont porteurs de savoir, de mémoire historique et d’une vision du monde différente de celle qui a conduit l’humanité à la crise.Dans les moments difficiles, l’espoir ne vient généralement pas des puissants ; il naît généralement de ceux qui continuent de croire qu’un autre avenir est possible.

Ce livre explore la science et l’art, la réalité et l’imagination, l’intime et le collectif. Comment sa formation de médecin influence-t-elle sa vision des civilisations, des corps, de la survie et de l’effondrement ?

La médecine nous apprend que la vie repose sur des équilibres fragiles. Un organisme peut paraître robuste tout en portant des maladies silencieuses qui ne se révèlent que des années plus tard. Les civilisations ne sont pas si différentes. Elles aussi possèdent des systèmes interdépendants qui doivent fonctionner en harmonie. C’est peut-être pourquoi le roman mêle science et émotion. Le savoir permet de comprendre les mécanismes du monde, mais ce sont les affections, les peurs et les espoirs qui expliquent pourquoi les êtres humains luttent pour survivre quand tout semble perdu.

Vous affirmez qu’aucune civilisation n’est permanente et que nous vivons sur une planète empruntée. Après avoir traversé les ruines et la résistance des « Cendres du futur », quelle réflexion souhaiteriez-vous que le lecteur en retire quant au destin de l’humanité ?

J’aimerais souligner une idée simple : l’avenir n’est pas un lieu où nous allons, mais quelque chose que nous construisons dès maintenant. Aucune civilisation n’est éternelle. Des empires ont disparu, des cultures ont prospéré puis se sont effondrées, et la Terre elle-même nous survivra tous. La question est de savoir quel héritage nous laisserons. Il y a quelques années, j’ai entendu une phrase, que j’aime à répéter, qui résume bien ce sentiment : « Nous n’héritons pas du monde de nos parents, nous l’empruntons à ceux qui ne sont pas encore nés. » Si cette réflexion demeure chez le lecteur après la dernière page, alors le récit aura atteint son but.

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