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Dans « Les balbutiements d’un éternel », Dionysius Fredericus explore l’existence et la philosophie

Dionysius Fredericus

Dans « Le Babillage d’un Éternel », Dionysius Fredericus propose une immersion poétique dans les grandes questions de l’existence, tissant des réflexions à la croisée de la philosophie, de la spiritualité et de l’expérience humaine. Divisé en fragments dialoguant avec des penseurs tels que Platon, Nietzsche et Sartre, l’ouvrage transforme le langage en un exercice d’exploration sensible de l’être, du temps et de l’invisible. Dans un entretien, l’auteur explique comment la poésie peut transcender les limites de la logique et ouvrir la voie à de nouvelles manières d’appréhender la réalité.

Le titre, « Le bavardage d’un éternel », suggère déjà une tentative de dire l’indicible. À quel moment avez-vous réalisé que cette idée était au cœur du livre ?

Depuis des décennies, j’écris et publie des ouvrages à portée poétique et philosophique, dont le contenu se limite à un nombre restreint de concepts et d’idées ontiques et ontologiques : l’Être et l’individu, le Point et le Tout, l’extérieur et l’intérieur, les réflexions infinies. En somme, ce sont des scénarios prédéterminés pour la représentation de rôles et d’intrigues, toujours les mêmes, qui se répètent à l’infini. Mais ce sont nos histoires, celles où, sortis des cavernes et rampant encore à travers d’immenses distances intimes, nous nous cherchons. Et malgré tous nos efforts pour connaître les univers extérieurs, nous connaissons ou ressentons encore peu de choses sur les univers qui résident en chacun de nous, êtres individuels. Ainsi, je peux affirmer, poétiquement par exemple : si quatre-vingt-douze éléments construisent un univers entier, l’alphabet tout entier peut en faire autant ! L’idée du titre « le bavardage d’un être éternel » m’est venue à l’esprit au cours de l’écriture, lorsque j’ai entrevu la convergence de mes tentatives pour parler sans cesse du même Être Éternel – toujours à notre écoute, toujours en attente (de notre part) d’une plus grande ouverture à la compréhension intérieure. Mais le bavardage d’un être éternel peut aussi symboliser la possibilité de découvrir des trésors cachés dans des déserts apparemment homogènes et stériles, faits de grains de sable, ou dans des journées qui semblent n’être qu’un remplissage inutile du temps perdu.

Votre écriture puise son inspiration dans des questions très anciennes et profondes, telles que l’origine de l’existence, l’Être et le destin de l’âme. Qu’est-ce qui, personnellement, vous pousse à cette quête intérieure ?

Une certaine lassitude spirituelle m’anime. Je dis souvent que la lassitude est la mère de la sagesse (parmi tant d’autres pères qu’on pourrait citer). De même, j’ai toujours été troublé par le manque total et généralisé de curiosité que l’on manifeste à l’égard de ces scénarios qui nous contiennent, inscrits dans les conjonctions constantes et fantastiques du microcosme et du macrocosme, des synchronicités et des conséquences transgénérationnelles, et de tant d’autres phénomènes d’une totalité mystérieuse, et pourtant perçue. Oh ! Mais Thaumazéin n’est-il plus ? N’y a-t-il plus de merveilles grandiloquentes des arts, si surprises lorsqu’elles ouvrent les yeux et se découvrent insérées au cœur du Tout, devenues des Points de conscience totalisante et inconnue ? Ah ! Oui ! Je suis ému ! Et je sais, avec certitude, que je ne cesserai jamais ma quête sans fin de destinations inconnues, malgré tous les lieux déjà atteints !

Vous proposez une poésie qui ne cherche pas à apporter de réponses définitives, mais qui aborde plutôt ce qui échappe à toute définition. Selon vous, pourquoi la poésie parvient-elle à atteindre des lieux où la logique échoue souvent ?

La poésie est synthèse et intuition, la raison est analyse et science. Toutes deux participent du même Être Un, Parfait et Total – qui se déploie, se manifeste et se rend accessible à nous – soit par émanation (par exemple, Plotin et le néoplatonisme), soit par immanence transcendante ou transcendance immanente (voir Huberto Rohden), soit par toute autre supposition philosophique pertinente. Historiquement, la poésie est la mère de la philosophie et la grand-mère des sciences. De plus, la poésie possède des libertés poétiques qui peuvent contenir une infinité de significations autour d’un même point concentrique, et n’est pas soumise aux contraintes d’une logique aristotélicienne conservatrice. Le Tout est intuitif, non expliqué. Le Point participe au Tout, sans encore le comprendre. L’art révèle tout à l’artiste, car il n’est pas nécessaire qu’il ait déjà atteint sa destination, mais seulement qu’il soit déjà parti, car les fins sont déjà là, dans ses moyens infinis. Apollon est la raison apaisante, celle de l’ataraxie et de l’apathie, et Dionysos l’élan poétique dans les extases du délire. Selon la belle image de Will Durant, lorsque la philosophie conquiert du terrain, elle le cède aux sciences ; on peut donc dire que lorsque la philosophie ne peut progresser davantage, même en partant de ce qu’elle ressent déjà (quoique de manière encore insuffisante), alors la quête sans fin et les conquêtes de la poésie prévaudront.

L’ouvrage rassemble quarante parties composées de fragments, de pensées et d’images. Comment a-t-on procédé pour construire un livre qui semble respecter précisément la nature interrompue et agitée de la pensée humaine ?

J’écris la nuit, dans un environnement préparé : le silence absolu, une douce musique qui emplit tout (Wagner, Philip Glass, Hans Zimmer, Pink Floyd, Vangelis, Jarre, Enigma et tant d’autres) et moi, là, immobile et attentif, j’attends les flots d’inspiration, les inspirations des esprits en harmonie, les mots qui me dictent de parler. Et ainsi, j’accepte la proposition d’Og Mandino ! – Je cultive, par la bonne compagnie et par les habitudes de l’écriture poétique, la présence et la persévérance de ces bons maîtres qui m’asservèrent par leurs tentatives répétées, et qui, de ce fait, deviennent des habitudes contraignantes et salutaires. Oui, nous sommes esclaves de nos habitudes, et nous devons cultiver ces bons maîtres dont nous serons les esclaves. Mais l’aphorisme poétique demeure, dans mon style. Et, avec Spinoza, je polis quotidiennement mes lentilles afin que, moins distrait par les choses du monde extérieur, je puisse m’occuper davantage des choses du monde intérieur. Mais je n’ai pas assez de souffle pour écrire des romans. Ma respiration est un halètement soudain, rapide et intense. Ah ! J’adore les aphorismes ! Je dis que la beauté est directement liée à la synthèse. Le Big Bang fut immense, tout à coup ! Les poèmes halètent ! Mais nous sourions.

Dionysius Fredericus
Dionysius Fredericus

Des philosophes tels que Platon, Héraclite, Nietzsche, Kierkegaard et Sartre résonnent en écho dans l’œuvre. Comment ces voix dialoguent-elles avec la vôtre, sans pour autant gommer la singularité de votre propre perspective ?

À vrai dire, je ne respecte pas l’intégrité originelle des concepts que ces noms (mentionnés dans la question) ont construits, car je les adapte à mes sentiments, qui sont des interprétations personnelles remaniées. Par exemple, de Descartes, je peux m’approprier et réécrire : si je ressens, donc j’existe ! De Shakespeare : Être et ne pas être ! – telle est la vraie question ! De Nietzsche, j’ai emprunté mon propre Dionysos, mais celui de l’extase, de la splendeur, et, parfois, si insouciant, celui des orgies et des voies de l’excès (à la manière de William Blake – me menant au prétendu palais de la sagesse). De Kierkegaard, j’ai emprunté, par exemple, la survie de l’esprit malgré toutes les souffrances et les enfers vécus, prouvant que l’Esprit est éternel, car il ne meurt jamais de ses maladies, pourtant si douloureuses. De Platon, les réminiscences de toute connaissance. D’Héraclite, le Tout se fondant dans le Tout, et le Tout est Un, toujours. De Wagner, je tiens mon usage fréquent des notions et des charmes des leitmotivs et d’une prétendue « mélodie continue » dans mes écrits, auxquels j’ose accorder des rythmes dans des danses cosmiques unifiées. Et ainsi je poursuis mon chemin, me laissant porter par les chars et les univers des autres…

L’ouvrage fait également le lien entre la philosophie, la science moderne et les courants spiritualistes. Comment percevez-vous cette coexistence entre des domaines qui, pour beaucoup, semblent souvent opposés ?

Dans l’Un-Tout, il n’y a pas d’oppositions. La vérité absolue est donnée par la somme des vérités relatives. Je suis décrit dans la paume de mes mains (chiromancie), dans mon enfance (psychologie), dans les étoiles et leurs conjonctions (astrologie), dans mes vies antérieures (spiritisme et psychologie abyssale), dans mes gènes (biologie, génétique et karma), dans mon nom (numérologie), et ainsi de suite, successivement et simultanément, sans fin. L’illusion de séparation naît du fait que tout domaine de connaissance est infini en soi et peut fournir toutes les réponses à toutes les questions possibles. Ainsi, nous considérons chaque domaine, isolément et de manière relative, comme s’il était absolu en soi, et nous négligeons les autres connaissances comme de simples épiphénomènes. Le cosmos est uniquement intérieur, et en lui, tout est organique et complémentaire, et même si les éléments diffèrent, ils ne font qu’un. Tout s’additionne, rien ne s’exclut (et telle est la conclusion).

La tension entre Apollon et Dionysos traverse le livre de manière symbolique et profondément humaine. Ressentez-vous que cette lutte entre raison et impulsion, mesure et vertige, imprègne également votre propre écriture ?

Oui, assurément. Dionysos lutte pour survivre en tant qu’être ascendant éternel, tiraillé désespérément entre deux contraires, enveloppé dans les passions ardentes d’une poésie ultime et pourtant douce. Apollon est aussi une survie, dans les mirages salvifiques de Fatas Morganas qui attirent Dionysos comme un Nathanaël de Gide : « Et tu sembleras, Nathanaël, quelqu’un qui suit une lumière qu’il tient lui-même ! » Dionysos est les passions qui chassent l’art et sont inspirées par les vents de papillons, qui sont les rafraîchissements des chenilles qui rampent éternellement sur nos terres, à la recherche d’elles-mêmes, vers les métamorphoses rêvées et imaginées de l’Être dans lesquelles, et finalement, Apollon est racheté, sauvé et accompli, dans ce final infini encore présent.

À la fin de la lecture, on a l’impression que le livre est moins une conclusion qu’une ouverture sur de nouvelles perspectives. Qu’espérez-vous susciter chez le lecteur en l’invitant dans cet univers ?

Ah ! Je souhaite que les Esprits soient entrevus et vus ! Car, survivant éternellement et évoluant sans cesse, nous pardonnant et gravissant les chemins du paradis, puissions-nous verser larmes et sueur, nos sens débordant de fraternités divines que nous reconquerrons. On nous a toujours conseillé de nous connaître nous-mêmes ! – et c’est là, au plus profond de nous-mêmes, que nous nous verrons enfin dans l’autre – dans cet autre qui, pour Sartre, serait l’enfer, mais qui, pour Jésus, a toujours été, est et sera le Paradis. Le chemin de l’Un-Tout passe nécessairement par l’Autre, car toute évolution n’est rien d’autre que l’Union (la Réunification) des consciences dispersées dans des individualités totalitaires en elles-mêmes. Nous sommes Un ! Et ici, encore, le symbolisme du Miroir de Hegel (où le Tout se voyait dans les êtres individuels et infinis) : le Tout et le Point sont identiques, duaux, pourtant – fermons les yeux et brisons les miroirs magiques – et alors, le Deux est aussi Un, seulement. Ah ! Mais voyez, ici, enfin, tout vaut la peine ! – ici et maintenant ! où les oiseaux sont des doigts, les vents, infinis, et, cages ouvertes, nos êtres éternels que nous ne quitterons pas – mais libérons les poèmes !

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